Tombée par terre (fort)
— Une référence obscure insuffisante à dissimuler l'absence de sous-titre.
J'écris sur les obsessions qui m'habitent, sur l'horreur et la beauté du monde et sur les émotions qui me traversent. Une lettre d'une autrice d'épouvante, à lire tranquillement en buvant ton café ☕
16 juillet 2026,
Cela fait 9 mois que je n’ai pas posté dans La Cabane. Pourtant, j’ai écrit – enfin, un peu. Que très récemment. J’en reparle plus bas.
Mais si je ne postais pas de nouvelles lettres, j’errais ici tout de même. Locataire silencieuse, je me posais sur le fauteuil près de la fenêtre pour bouquiner – Laurent, Julia, Sophie… – et observer les oiseaux.
Encore une fois, je suis tirée de toute part entre l’envie de revenir et la culpabilité d’être partie. Mais, si je peux enfin écrire cette lettre, c’est que je vais un peu mieux – en tout cas, si ce n’est pas mieux, j’arrive enfin, au bout de 15 jours d’arrêt de travail1 (les premiers de ma vie !) à prendre un peu de recul. Je crois. Juste assez pour tenter d’expliquer ce qu’il se passe.
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J’ai l’impression d’être tombée de cheval et de ne plus savoir comment remonter.
Une semaine plus tôt,
Je suis assise dans un café qui a quelque chose de dérobé. On ne le trouve qu’au détour d’une ruelle, en passant sous une petite arche en pierre, et, la première fois que je me suis aventurée dans ce terrier du lapin, j’étais presque sûre jusqu’au dernier moment d’entrer chez des gens, dans une cour d’immeuble privée.
Et pourtant, je me suis sentie dans cet ailleurs aussitôt chez moi. Je m’installe donc à une table dehors, mes pieds nus caressant l’herbe tondue, et je sors mon cahier. À ma gauche, sur les fauteuils en rotin, une jeune femme semble écrire un mémoire, un essai ou quelconque travail de recherche, en atteste sa petite pile de livres à côté de son laptop. En diagonale de ma table, un groupe d’amis, de l’âge de nos parents je dirais2, discute autour d’une table ronde envahie de verres, de cendriers et d’une grande planche de tapas.
J’ouvre mon cahier, m’assois sur la laisse de ma chienne pour qu’elle n’aille pas déranger les autres clients (Quiet est couchée dans l’herbe à mes pieds, mais j’ai bien remarqué qu’elle avait vu passer la planche de tapas de mes voisins !), commande un cappuccino, et commence à écrire.
“Je suis perdue” est ma première phrase depuis des mois. Une constatation aussi évidente que douloureuse.
Les médecins ont dit “syndrome anxio-dépressif, stress post-traumatique, burn-out probable”.
Pour moi, j’ai l’impression d’être tombée de cheval et d’avoir maintenant peur de remonter. Pourtant, je suis déjà tombée 10 fois de cheval, et je suis toujours remontée dans la foulée.
Mais là, non.
Et je regarde mon canasson avec un air ahuri, ne comprenant pas moi-même pourquoi d’un coup je ne remets pas le pied à l’étrier alors que ça n’a rien de sorcier – on lève la jambe, on attrape la selle, on pousse, on bascule, et hop.
Et hop, ouais.
La conversation du groupe en diagonale de moi me parvient, la dame avec des lunettes rondes et une coupe courte à la Jamie Lee Curtis parle fort. Apparemment, une certaine Lola aurait obtenu la clé d’une chambre qui n’était censément pas la sienne. Elle l’a “senti tout de suite”, explique-t-elle en écrasant sa cigarette. Elle connaît cette chambre par cœur – ah, c’était celle de sa mère ! – et elle s’est rendue compte immédiatement que quelqu’un était entré, elle “sent ces choses-là”.
Et hop, et pourtant – alors que je sais comment on fait – je doute. J’ai peur. Je me demande si je ne devrais pas relire un manuel d’équitation, pour être sûre, revoir les bases que je maîtrise pourtant ; ou alors monter d’abord un petit poney. L’étrier est moins haut, ça me paraît plus accessible.
Sauf que je n’ai jamais voulu monter à poney, moi. Je montais à cheval.
Toujours dans le même groupe, celle avec la combinaison à fleurs rose vient de dire à son interlocuteur, droit dans les yeux : “Oui mais toi tu n’es pas un requin. T’es un béluga.”
C’était tellement inattendu qu’il fallait que je le note immédiatement.
Pour en finir avec toute cette métaphore équestre, je suis actuellement debout au milieu de la carrière, je viens de me casser la gueule sévère, je ne suis pas morte mais j’ai sacrément mal au cul, et un peu partout. Je peux encore marcher, mais ça tire, et ça lance.
Et mon cheval s’est évidemment barré après ma chute. Je suis donc au milieu de cette carrière allégorique3, seule avec ma tête un peu assommée et mon mal aux fesses, et… j’attends, je pense. Soit de voir mon cheval au loin. Soit d’avoir l’énergie d’escalader la barrière pour partir, je ne sais où. Ou bien que quelqu’un vienne me chercher, même si je n’y porte pas grand crédit.
Peut-être que je suis prise dans un biais de confirmation. Peut-être que c’est tout simplement la “crise de la trentaine”. Mais il n’empêche que j’ai l’impression qu’on est quelques-uns, ici, à être perdus. À tenter désespérément d’injecter du sens dans un train-train qu’on tente encore de nous vendre comme idéal, plus sécuritaire, plus responsable alors même que son absurdité nous saute au visage.
Et, dans tout ce chaos et ce flou, la seule chose dont je me rends compte, c’est que je reviens, inévitablement, à l’écriture. Pas encore d’un autre roman – je suis encore un peu trop étranglée pour ça – mais déjà dans mon cahier. À peine je ne bois plus la tasse que je cherche déjà du regard où est la p(l)age.
Je suis encore trop dans le flou et l’incertitude pour savoir quoi faire là tout de suite maintenant. Les mots “anxio-dépressif”, “burn-out” et autres sont trop présents, dans chacune de mes pensées, pour réussir à m’articuler autrement.
Mais j’ai écrit.
Et je prends déjà ce petit bout de réponse en soit.
Merci à toi d’avoir lu cette lettre.
Elle était bancale, partait dans tous les sens et n’allait nulle part et j’ai douté jusqu’au bout – encore, en réalité – de “l’utilité” de la partager.
Je pense que ce qui m’a donné l’élan final est que je sais ne pas être toute seule à m’être cassée les dents. Ma meilleure amie, lorsque je l’ai appelée au téléphone, m’a même dit sur le ton de la plaisanterie “burn-out, bien joué, nouvelle case cochée dans la liste de la trentaine”.
Alors peut-être que cette lettre, que j’écris en toute maladresse et humilité devant toi, résonnera chez toi. Si c’est le cas, si tu traverses aussi une période de flou, n’hésite pas à t’arrêter un moment ici, dans La Cabane.
Le café est encore chaud, il ne manque plus que toi !
À très vite,
Mary Fleureau
Pour traîner encore un peu ☕
Peut-être signe que je n’allais pas bien qui aurait dû m’alerter il y a des mois, mais je n’arrivais plus du tout à lire. Je viens de m’y remettre donc tout doucement, et j’ai lu les contes I & II de L’Enfant, La Taupe, Le Renard et le Cheval de Charlie Mackesy. C’était très doux, aussi bien dans les mots que dans l’aquarelle ♥
Dans la même envie de douceur, j’ai terminé le petit jeu Hozy (contraction de Home et Cozy), un jeu bac à sable type “Houseflipper like” où on restaure des maisons abandonnées. Il y a environ 5h de jeu, c’est pas prise de tête, c’était tout ce qu’il me fallait.
Et enfin, j’ai lu cet article de mon ami Malone sur Maria, personnage du jeu Silent Hill 2 (jeu que j’aime profondément), sur comment le personnage l’a influencé dans son écriture, dans son rapport à ses propres personnages etc. J’adore lire des témoignages d’auteurs sur leur processus créatif, alors je recommande vivement pour l’inspiration !
Demander cet arrêt a été très compliqué. Mais j’ai la chance d’être bien entourée, alors si pour toi personne ne te l’as dit : ta santé mentale est aussi importante que ta santé physique.
J’écris ça en me rendant compte que je n’ai aucune idée de l’âge de tes parents. Mais ici, le groupe allait (à vue de nez) entre 55 et 65 ans.
carrière équestre, carrière professionnelle… belle syllepse, bien joué (j’ai pas fait exprès)






Quel plaisir de découvrir cette newsletter dans mes emails, moi qui pense régulièrement au "Dernier palier" et qui guette ce qui le suivra.. Mais vraiment désolée d'apprendre les raisons de cette absence et cette période sombre. Étant passée par là l'année de mes 30 ans, je sais à quel point c'est difficile d'accepter un arrêt pour une raison de santé mentale. Et voir ses passions et activités favorites s'étioler est effectivement un gros signal d'alerte... C'est très courageux et positif de réussir à le verbaliser donc bravo et merci de nous le partager. 🙏 Je te souhaite de prendre le temps nécessaire pour retrouver la force et l'énergie de monter sur ce cheval. Parce que ça finira forcément par revenir, mais la case de l'acceptation à lâcher prise sera à cocher avant. Je te souhaite un bon rétablissement et ai hâte de retrouver ta plume. Plein d'ondes positives Mary, ça va aller 🤗✨
Merci pour le partage <3
Et on est ensemble, je suis moi-même dans une période hardcore